Muere el padre de la violencia
simbólica
EL
PAIS: MUERTE DE UN MILITANTE CONTRA EL LIBERALISMO ECONÓMICO
LE
MONDE-DOSSIER: BOURDIEU, INTELLECTUEL DE COMBAT
PIERRE
BOURDIEU: MORT D'UN SOCIOLOGUE DE COMBAT
En castellano
se han publicado las siguientes obras:
La distinción, Ed. Taurus
El oficio de sociólogo, Ed. Siglo XXI
El sentido práctico, Ed. Taurus
Razones prácticas: sobre la teoría de la acción,
Ed. Anagrama
Las reglas del arte: génesis y estructura del campo literario,
Ed. Anagrama
Sobre la televisión, Ed. Anagrama / Edicions 62
La dominación masculina, Ed. Anagrama / Edicions 62
Contrafuegos, Ed. Anagrama
BOURDIEU FORUM | MOVIMINETO ATTAC
1953: Thèse de 2e cycle pour
le diplôme d'études supérieures à l’Ecole Nationale
Supérieur de Paris, «Leibnitii animadversiones in partem generalem
principiorum Cartesianorum. Traduits du latin et commentés par Pierre
Bourdieu».
1954: Thèse d’Etat intitulé:
«Structures temporelles de la vie affective.»
1958: «Sociologie de l’Algérie»
(collection Que sais-je?), «La culture Mozabite «et «France
tu dors».
1960 : «Le sentiment de l'honneur
dans la société kabyle» et «La maison kabyle
ou le monde renversé».
1961: «Le malentendu de la
langue d'enseignement»
1962: «Les Algériens»,
une oeuvre collective dans laquelle il apporte une contribution sur «La
maison Berbère»
1963 : ouvrages collectifs «Travail
et travailleurs en Algérie» , «La banque et sa clientèle.
Introduction à une sociologie du crédit» et «Les
fonctions sociales de la photographie»
1964 : «Les fonctions sociales
de la photographie», «Les étudiants et leurs études»
et «Les héritiers. Les étudiants et la culture»,
«L'influence des allocations familiales sur la fécondité»
et «Le Musée et son public»
1965: deux ouvrages collectifs:
«Un art moyen. Essais sur les usages sociaux de la photographie»
(Pierre Bourdieu y écrit l’article sur «la définition
sociale de la photographie») et «Rapport pédagogique
et communication». Quatre livres publiés au Centre sociologique
européen: «Essai d'interprétation des tendences de
natalité française», «Le musée et son
public» , «Les valeurs de systéme universitaire française.
Quelques réflexions de méthode» et «Projet créateur
et champ intellectuel»
1966: Plusieurs ouvrages: «L'amour
de l'art. Les musées d'art et leur public», «Le partage
des bénéfices. Expansion des inégalités en
France» (oeuvre collective),»Le déchantement du monde.
Eléments pour une théorie du changement social», «Système
d'éducation et catégories de pensée» (rertanscription
du 6e congrès mondial de sociologie).
1968: ouvrage collectif: «Le
métier de sociologue. Préalables épistémologiques»,
et une «Introduction à la sociologie» pour le ministère
de l’éducation.
1969:. Pour le Centre de sociologie
européen: «La structure dualiste du système d'enseignement
français. Les classes préparatoires aux grandes écoles»,
«Les fonctions du système d'enseignement: classes préparatoires
et facultés,» et «La vulgarisation scientifique et ses
agents».
1970: «La reproduction. Eléments
pour une théorie du système d'enseignement».
1971: «De l’illusion de l’égalité
des chance». Pour le Centre de sociologie européen: «Les
propriétés structurales du corps des professeurs d'enseignement
supérieur».
1972: «Esquisse d'une théorie
de la pratique, précédé de trois études d'ethnologie
kabyle» et «sociologie de l’art».
1973: «Fondements d’une théorie
de la violence symbolique. Reproduction culturelle et reproduction sociale».
Pour le Centre européen de sociologie: «Gustave Flaubert et
Frédéric: Essai sur la genèse sociale de l'intellectuel»
1976: «L’ontologie politique
de Martin Heidegger». Pour le Centre de sociologie européenne:
«Le système des grandes écoles et la reproduction de
la classe dominante».
1977: «Algérie soixante+
(Algérie 60). Structures économiques et structures temporelles»
Pour le Center for cultural studies «Two Bourdieu Texts. The culture
field and the economic field»
1979: «La distinction. Critique
sociale du jugement». Pour l’Ecole des hautes etudes en sciences
sociales: «Etude de l'immigration algérienne en France. Etude
comparative de cas specialement choisis en raison de leur pertinence structurale»
1980: «Le sens pratique»
et «Questions de sociologie»
1982: la leçon inaugural
à la chair de sociologie du collège de France «Leçon
sur la leçon». «Ce que parler veut dire. L'économie
des échanges linguistiques»
1984: «Homo academicus»
1985: Pierre Bourdieu participe
à l’ouvrage «Propositions pour l'enseignement de l'avenir.
Elaborées à la demande de M. le Président de la République
par les Professeurs du Collège du France». Pour le Centre
de sociologie européenne: «Recherches sur les grandes écoles.
Texte de travail»
1986: Pour le Centre de sociologie
européenne: «Structures objectives et représentations
subjectives du champ des institutions d'enseignement supérieur»,
pour la Caisse nationale des allocations familiales: «Eléments
d'une analyse du marché de la maison individuelle»
1987: «Choses dites»,
«Les institutions de formation des cadres dirigeants», l’introduction
au séminaire de l'Ecole des hautes études en sciences sociales
«La pratique de l'anthropologie réflexive»
1989: «La Noblesse d'état.
Grandes écoles et esprit de corps», «Les liaisons dangereuses:
histoire, sociologie, science politique», Avec le Centre George Pomidou
«Les enjeux philosophiques des années 50». Une commande
du Premier ministre: «7 principes pour une réflexion sur les
contenus de l'enseignement supérieur».
1991: Pour le Colloque sur la circulation
des idées: «La circulation internationale des idées»,
ouvrage collectif: «L'Etat au carrefour des sciences sociales»
1992: «Les règles de
l'art. Genèse et structure du champ littéraire», «Réponses.
Pour une anthropologie réflexive», «Détournetments
«
1993: «La misére du
monde». «L'ambiguité fondamentale de l'État»
(lors du colloque sur «L'Avenir des Ideologies, les Ideologies de
l'Avenir»)
1994: «Raisons pratiques.
Sur la theorie de l'action», «Libre-Échange»
1996: «Sur la télévision.
Le champ journalistique et la télévision», et «Sur
la télévision; suivi de l'emprise du journalisme»
1997: «Méditations
pascaliennes. Éléments pur une philosophie négative»
1998: «Contre-feux. Propos
pour servir à la résistance contre l'invasion néo-libérale»,
«La domination masculine», «Les usages sociaux de la
science. Pour une sociologie clinique de la champ scientifique: une conférence-débat
Pierre Bourdieu, organisée par le Groupe Sciences en questions»
2000: «Les structures sociales
de l'économie», «Propos sur le champ politique»
2001: «Contre-Feux 2. Pour
un mouvement social européen», «Langage et pouvoir symbolique»
et «Science de la science et réflexivité: Cours du
Collège de France, 2000-2001»
2002: «Interventions politiques
(1960-2000). Textes & contextes d’un mode d’intervention politique
spécifique» (recueil de textes choisis par Franck Poupeau)
Il aimait par-dessus tout citer le mot de Spinoza : «Ne pas rire, ne pas déplorer, ne pas détester, mais comprendre.» On le voyait d'abord dans son regard, dans son sourire à peine esquissé qui s'éclairait et éclatait comme une bombe de confettis lorsqu'il apprenait quelque chose de nouveau, le nom d'un joueur d'une équipe de rugby, les ingrédients d'une recette de cuisine, la gaffe d'un homme politique ou quelque commérage à son propos. On le voyait aussi à son pas. Ces derniers temps, il s'était ralenti. Pierre Bourdieu, mort mercredi soir d'un cancer à 71 ans, souffrait du dos et marchait un peu courbé, comme s'il voulait tendre l'oreille et se rapprocher encore de son interlocuteur, pour ne pas «en perdre une», une anecdote, une petite blague, une grande théorisation, une idée quelconque. Ses ennemis il en avait beaucoup le disaient dogmatique, métallique, tranchant, intriguant : il était la bonté même, toujours prêt à aider un étudiant à la réalisation d'un projet, charmant, charmeur, intrigué, curieux de tout, naïf comme un gosse parfois.
Ce qui l'amusait mais il a fini par vouloir l'étudier et le comprendre , c'était l'académisme, les poses empesées devant les photographes de l'éternité, les traficotages de ceux qui brouillent être et paraître, qui «font les malins», «font les philosophes», «font les sociologues», comme il disait. Quand il parlait de ses enfants ou de ses parents, il s'émouvait tout de suite, et disait aussitôt une bêtise sur son boucher du Béarn ou l'un de ses copains tombé cul nu dans les orties en voulant faire le mur du lycée de Pau. Ses amis pouvaient aisément déceler de la timidité là où d'autres, de loin, voyaient de la raideur : de ses écrits même, Pierre Bourdieu a voulu arracher toute «subjectivité», jusqu'à sacrifier élégance et effets de manche aux démonstrations austères, préférant se montrer lourd dans le style plutôt qu'imprécis dans le concept, et cimenter le chemin escarpé qui guide vers la compréhension.
Honni et adulé. Il n'a pas tout à fait réussi. Comme Zola, Sartre ou Foucault, comme tous les intellectuels qui tentent de «lier» leur travail littéraire ou philosophique aux événements qui informent et déforment le monde, Bourdieu a été tout à la fois le diable et l'eau bénite, honni jusqu'à l'exécration, souvent par ceux qui de son oeuvre n'avaient parcouru que quelques «digests», adulé jusqu'à l'idolâtrie par ceux qui épluchaient ses écrits pour y trouver des versets de Bible.
La bibliographie de Pierre Bourdieu, de 1958 à aujourd'hui, ne comporte pas moins de 343 publications. Certains articles sont restés confidentiels, quelques livres, comme la Misère du monde, répertoriant les formes contemporaines de la misère sociale, ont connu un succès public que des ouvrages de sociologie atteignent rarement. Entre ces extrêmes, il y a une oeuvre qui, assurément, peut se passer de «célébration», tant sont évidentes sa centralité et son «activité». Elle s'est imposée telle un «paradigme», qui, comme l'a écrit Christiane Chauviré dans le numéro de Critique consacré à Bourdieu (1995), a interpellé historiens, ethnologues, linguistes, artistes, philosophes, hommes politiques et «formé depuis un bon tiers de siècle la pensée du social», mais, qui, profondément assimilée par l'époque, risque de devenir «invisible à force d'omniprésence».
Au pas d'un paysan. En rendre raison est évidemment impossible, mais peut se ramener à la tentative de répondre à une seule question, que Bourdieu lui-même formule ainsi: «Je peux dire que toute ma réflexion est partie de là : comment des conduites peuvent-elles être réglées sans être le produit de l'obéissance à des règles ?» Il ne s'est jamais départi d'un tel projet, qui aurait conduit à installer la sociologie au centre des sciences sociales et à en faire une science de l'économie générale des pratiques. Il l'a mené d'un pas de paysan, systématiquement, lentement «un chercheur ou un penseur, c'est comme un paquebot, les tournants, ça prend du temps» , en éliminant d'abord les réponses fausses, illusoires ou incomplètes apportées avant lui. Il ne congédie ni le marxisme ni le structuralisme, en ce que les notions d'idéologie ou de structure lui sont utiles pour comprendre comment des pratiques humaines peuvent être surdéterminées ou induites. Mais, en revanche, il rejette tout à fait l'alternative entre «subjectivisme» (dont il trouve chez Sartre l'expression emblématique) et «objectivisme», entre une anthropologie posant que l'individu seul donne sens et finalité au social, et une physique des faits sociaux dans laquelle l'individu n'est plus qu'un «épiphénomène» façonné par les structures sociales. Entre les structures sociales objectives et les structures mentales des agents sociaux, il y a interaction, passages, inductions réciproques. C'est ce «noeud» que va tenter de défaire Bourdieu.
Pierre Bourdieu était né le 10 août 1930 à Denguin, dans les Pyrénées-Atlantiques. Après ses études au lycée de Pau, puis au lycée Louis-le-Grand à Paris, il entre à l'Ecole normale supérieure en 1951, obtient en 1954 son agrégation de philosophie, est nommé l'année suivante professeur au lycée de Moulins. Il fait son service militaire en Algérie et, entre 1958 et 1960, est assistant à la faculté de lettres d'Alger.
C'est à ce pays qu'il consacre ses premiers livres (Sociologie en Algérie, 1958 ; Travail et travailleurs en Algérie, 1963) et ses premiers articles : sa description des rituels kabyles comme son analyse du sentiment d'honneur menées avec le plus grand souci méthodologique, l'enquête de terrain, l'usage des statistiques, l'analyse linguistique lui valent vite la notoriété. De retour en France, il est nommé assistant à la Sorbonne puis maître de conférences à la faculté de lettres de Lille. Directeur d'étude à l'Ecole pratique des hautes études (1964), directeur du Centre de sociologie de l'éducation et de la culture, laboratoire associé au CNRS (1968-1988), directeur de la revue Actes de la recherche en sciences sociales et de Liber, Bourdieu atteint le sommet de sa carrière en 1981, au moment où il devient titulaire de la chaire de sociologie du Collège de France. Son prestige, qu'il utilisera comme un glaive contre le pouvoir dominant et en défense des «damnés de la terre», sera dans les derniers vingt ans de plus en plus grand, partagé, si on peut dire, entre la «popularité» qui échoit généralement aux stars de cinéma et la «reconnaissance» internationale que l'on doit aux grands hommes de science : directeur du Centre de sociologie européenne, il est docteur honoris causa de la Freie Universität de Berlin et de l'université Goethe de Francfort, membre de l'Académie européenne et de l'American Academy of Arts and Sciences, médaille d'or du CNRS (1993), et médaille Huxley, la plus haute distinction en anthropologie, remise par l'Institut royal de Grande-Bretagne et d'Irlande (2000).
L'éducation décortiquée. A son retour d'Algérie, Bourdieu se consacre à un autre thème brûlant dans le contexte des années 60 : l'éducation. Avec Jean-Claude Passeron, il publie un petit livre dont le succès est fulgurant : les Héritiers (1964), et, quelques années plus tard, toujours avec Passeron, la Reproduction (1970). Dans ces ouvrages est mise en évidence, par-delà l'influence des «inégalités économiques», le rôle de l'«héritage culturel», (un «capital» subtil fait de savoirs, de savoir-faire et de savoir-dire) dans la légitimation, la «reproduction» et la perpétuation des inégalités des chances à l'école. Il s'agissait là de la première «actualisation» du projet fondamental de Bourdieu. Saisir «la logique réelle de l'action», en tant que résultat objectivé de pratiques socialement codifiées ou de dispositions durables (habitus) qui, venues de l'incorporation des structures du monde social, n'excluent pas des conduites relativement imprévisibles et créatrices.
Dès lors, la tâche de Bourdieu devient immense mais claire : il lui faut analyser les divers modes à travers lesquels se constituent les institutions sociales, les représentations «officielles» de la réalité, les formations idéologiques, les structures temporelles, les catégories de la perception artistique, les critères du goût et les styles de vie, les discours, les formes de langage, le champ littéraire, le champ journalistique, les hiérarchies sportives, sexuelles ou scolaires, les «positions» de la philosophie, de l'économie, de la science, de la sociologie elles-mêmes bref, de tout ce qui offre une «précondition» à l'action sociale, tout ce qui, par une douce et imperceptible violence symbolique, impose les structures mentales à travers lesquelles le sujet perçoit le monde social et culturel.
Ses grands livres sont autant d'explorations des façons dont se dessinent ces «champs», dont s'élaborent les dispositions durables ou habitus, dont se constituent le capital économique et le capital symbolique : la Distinction prendra en examen les processus de définition des goûts selon la différenciation de classe. Homo academicus et la Noblesse d'Etat, en analysant les rapports entre les systèmes d'éducation supérieure et les dynamiques de pouvoir, établiront une «anthropologie globale» de la classe dirigeante française... D'une façon plus générale, Bourdieu s'attaque à tous les principes qui permettent de comprendre les valeurs, les comportements et les intérêts soit de groupes sociaux, avec par exemple ses travaux sur le patronat, l'épiscopat, les intellectuels (les Règles de l'art), soit d'une discipline particulière (les Structures sociales de l'économie) ou du discours ordinaire (Ce que parler veut dire), du discours politique, juridique ou philosophique (l'Ontologie politique de Martin Heidegger).
Mais pour «soutenir»
un tel projet, Bourdieu avait aussi besoin d'analyser le rôle et
le statut de la sociologie elle-même, de la doter de la plus grande
scientificité et d'interroger critiquement cette scientificité.
A-t-il réussi à faire de la discipline qu'il a dominée
une «science de l'économie générale des pratiques»
? Son projet, en tout cas, a mobilisé toute la pensée contemporaine.
Il était le sociologue, ou le philosophe (ne voulait-il pas, au
fond, dire ce qu'est l'homme ?) le plus cité dans le monde (7 000
pages sur le Web !), on allait jusqu'à le comparer à Freud
ou à Marx ce dont il eût souri pour avoir fait
dans la sociologie une «révolution» comparable à
la leur. En prenant sa retraite du Collège de France, il avait été
envahi par une profonde tristesse, comme s'il avait perdu «la maison
du savoir», la maison où ensemble l'on cherche. Il lui restait
tous les livres à lire, mille problèmes encore à résoudre,
mille causes pour lesquelles s'enflammer. «Le travail scientifique,
disait-il, ne se fait pas avec les bons sentiments, cela se fait avec des
passions. Pour travailler, il faut être en colère. Il faut
aussi travailler pour contrôler la colère.».